Armée du Salut

La nuit dernière, j’ai mal dormi. Mes rêves se bous­ culaient, j’étais fiévreux. J’attendais le jour. Ce jour, premier de décembre, où je pourrai ouvrir la première fenêtre de mon calendrier de l’Avent, sortir mon premier chocolat, savourer ce goût magique qui parle déjà de Noël. Le réveil au petit matin ne fut pas difficile. À peine avais-je les yeux ouverts que ma main attrapa cette fenêtre de carton pour en tirer le trésor promis. Une fois habillé, je courus prendre le bol de cacao qui m’attendait dans la cuisine. Là, tout était calme. Oui, pensais-je, la journée commence bien, mais j’attends... J’attends que sonne la cloche de la récréation, j’attends les éventuelles frites de midi et puis j’attends la fin des classes, l’heure où la maison se remplit de vie parce que je n’y suis plus seul. J’attends le soir. Un rire complice avec papa, un sourire de maman. La soirée fut bonne. J’avais ramené un « Très bien» en calcul. Ils étaient fiers de moi et puis nous avons allumé la première bougie de la couronne. Je ne sais pas trop pourquoi on fait cela, mais je trouve ça plutôt joli. La lumière, les bougies rouges bordées d’or. C’est magique... La nuit tombe et là encore m’envahit l’attente. L’attente du nouveau jour, l’attente de pouvoir ouvrir la petite fenêtre de carton, l’attente d’un petit plaisir, d’une petite douceur. Te voici au 3e jour de décembre. Ce matin encore, tu t’es précipité au calendrier pour découvrir le trésor du jour. Aujourd’hui encore tu as attendu que le jour passe pour que viennent les joies du soir, la joie d’être ensemble... Et demain et après-demain et à Noël et après la fête, qu’attendras-tu? Nous sommes pleins d’attentes, nous portons en nous mille soifs. Il y a des attentes futiles, de petits espoirs, celui d’un rayon de soleil, d’un nouveau chocolat et puis il y a toutes ces La Lettre attentes plus essentielles qui donnent le goût de vivre. Le temps de l’Avent est un temps d’attente. Mais qu’atten­ dons-nous? À chacun d’entre nous est posée cette double question: Moi, qu’est-ce que j’attends du monde? Qu’est-ce que j’attends pour ma vie? » Assis à son bureau, Sébastien tire une feuille de son sac d’écolier et son stylo à plume, celui que la maîtresse n’au­ torise pas tous les jours. En haut à droite, il écrit la date et puis à gauche, « Cher père Noël » et puis... plus rien. Il reste longtemps le stylo en l’air... Il sort sa règle du cartable et barre ses premiers mots. Non, ce sera « Cher Dieu » ou plutôt « Cher bon Dieu ». Le père Noël, Sébastien n’est pas trop sûr qu’il existe, Dieu non plus, mais, lui au moins on n’en voit pas de toutes les tailles devant les supermarchés, ça lui semble plus sérieux et puis si Dieu existe, il est forcément bon. Alors, va pour « Cher bon Dieu ». Quelques heures plus tard, alors que tout le monde est couché, Sébastien se glisse hors de sa chambre pour dé­ poser sa lettre au pied du sapin. Il rejoint son lit, après un long soupir. Le lendemain, ses parents se lèvent de bonne heure. Il y a tant de choses à faire avant le réveillon : aller chercher la dinde, la farcir, récupérer la bûche, filer chez le coiffeur, passer prendre mamie, etc. Bref la course. À vrai dire, ils redoutent tous deux cette fête avec sa kyrielle d’obligations et de dépenses. « Va donc éteindre la guirlande qui clignote au salon », lance Monique à son mari. Ne le voyant pas revenir alors que le café refroidit dans les tasses, Monique le retrouve agenouillé face au sapin, une lettre à la main, les larmes aux yeux : Conte de Noël 10 En Avant 4

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